Maxime Pedneaud-Jobin

Maire de la Ville de Gatineau

Gel de taxe : une fausse bonne idée pour Gatineau

Certaines villes ont décidé de geler leurs taxes cette année. Elles estiment que c’est à l’avantage de leurs citoyens. Chez nous, à Gatineau, ce serait une très mauvaise idée. D’abord les chiffres :

Un gel de taxe signifierait, pour le propriétaire d’une maison de taille moyenne, une économie de 5 $ par mois. Pour une entreprise propriétaire d’un bâtiment d’une valeur de 1M$, cela signifierait une économie de 10 $ par mois. Le propriétaire d’un bar d’une valeur de 1M$, par exemple, économiserait moins de 150 $ cette année. En comparaison, l’aide gouvernementale s’élève à 15 000 $ par établissement au Québec, uniquement pour le mois d’octobre. Un gel de taxe est donc, pour les petits commerçants propriétaires, un geste fiscal absolument insignifiant. Vous me direz que chaque dollar compte et vous aurez raison... Cependant, à court terme et pour l’avenir, le dollar économisé par le citoyen en 2020, lui coûtera très cher. Pour les citoyens, collectivement, un gel de taxe signifierait des pertes de revenus de 11,5 millions de dollars par année.

En effet, ce qui n’est pas taxé cette année n’entre pas dans le budget des années subséquentes, cette perte se répète donc d’année en année. Un gel de taxe signifierait chez nous une perte de revenus de 115 millions $ sur 10 ans. Il faut le rappeler (même si l’état de nos routes nous le rappelle tous les matins), la Ville a un déficit d’infrastructure de 1,3 milliard $. Nous avons déjà calculé que si les anciennes villes de Hull et de Gatineau avaient taxé leurs citoyens de 2 % pendant 10 ans au lieu de tenter de se rapprocher de zéro pour des raisons essentiellement électorales, nous aurions eu les revenus nécessaires pour que nos routes soient en bon état aujourd’hui. Nous ne ferons pas la même erreur.

À Gatineau, outre notre croissance démographique constante, qui exige un minimum de hausse de taxes (augmentation des services en conséquence), nous avons l’obligation de financer les nouvelles responsabilités qui nous sont régulièrement transférées par Québec. La dernière en date, le financement des terrains des écoles du ministère de l’Éducation, nous coûtera autour de 10M$ dans les prochaines années. Ça aussi il faut le payer.

Oui, nous avons aussi fait un vaste exercice de révision de nos dépenses. Nos conclusions sont que nous avons fait toutes les rationalisations importantes. Dorénavant, les économies significatives à venir découleront d’abord et avant tout de l’utilisation des nouvelles technologies. Si l’on veut des économies immédiates et importantes, il faudra couper dans les services aux citoyens ou ne pas réaliser certains projets d’infrastructure. Je mets au défi les gens qui favorisent cette option de nous dire quels services ou quels projets couper : le déneigement? Les camps de jours? La réfection de certaines rues? Les bibliothèques? Les activités culturelles? Le plan de gestion des pluies diluviennes? C’est une avenue d’autant moins intéressante que, en période de crise économique, les compressions dans les services de l’État ne font qu’empirer la crise.

Pourrions-nous utiliser l’aide reçue des gouvernements fédéral et provincial pour geler les taxes? Tout d’abord, nous ne recevrons cet argent qu’une seule fois et il servira à limiter les effets financiers de la pandémie sur nos budgets, il ne sera plus là pour combler le manque à gagner qui vient avec le gel de taxes. Finalement, on ne peut pas utiliser de l’argent non récurrent (de l’aide ponctuelle), pour faire un choix à long terme (se priver de 11,5M$ par année pour toujours). Ça aussi, ce serait de la mauvaise gestion.

Le choix de Gatineau est donc de refuser le gain politique à court terme pour faire le meilleur choix à long terme. Nous haussons les taxes de manière raisonnable et responsable. Durant les trois dernières années, nous avons haussé les taxes de 2.1%, les hausses les plus faibles depuis la fusion. Ces hausses nous permettent de ne pas pelleter nos problèmes en avant, donc d’augmenter chaque année nos investissements en infrastructures, de faire face à nos obligations de ville en croissance et d’absorber les transferts de responsabilités du gouvernement du Québec, bref, de gérer sainement et avec courage.