Maxime Pedneaud-Jobin

Maire de la Ville de Gatineau

Centre multi : Déclaration de M. Maxime Pedneaud-Jobin, Maire de Gatineau

La version lue fait foi

À la suite de l’élection de 2013, nous avons hérité d’un projet qui, comme l’avait indiqué le vérificateur général, souffrait de carences importantes notamment quant à l’évaluation du besoin, quant au processus décisionnel, quant au flou des orientations du conseil et quant au faible soutien du projet dans l’ensemble de la communauté.

Malgré les défis que cela impliquait, nous avons tenté de le sauvegarder. Nous avons fait deux appels d’offres, changé notre stratégie d’approvisionnement, discuté intensément avec des partenaires privés. J’ai la ferme conviction que nous avons exploré toutes les avenues possibles afin de réaliser ce projet à un coût raisonnable.

Malheureusement, notre dernière tentative n’a pas abouti, le cadre financier ne change pas.

Nous sommes donc aujourd’hui devant un projet qui nous coûtera au bas mot 75 millions de dollars, ce qui demandera de trouver 11 millions supplémentaires dans les coffres de la ville. Nous avons souvent répété que si le projet ne respectait pas notre cadre financier, nous n’irions pas de l’avant.

La première question qui se pose donc aujourd’hui, est celle-ci : considérons-nous que nous avons besoin de cette infrastructure au point de payer le prix demandé? 

Ma réponse est non. Autant pour la fonction divertissement que pour la fonction hockey de l’édifice, nous ne répondons pas à un besoin qui vaut 75 millions.  

Le Centre Multi est un projet de salle de spectacle de 4000 sièges. Les villes de notre taille peuvent tout à fait justifier de se doter d’une telle infrastructure. Si nos ressources financières étaient illimitées, je dirais oui au projet sans hésiter. Aujourd’hui, non seulement il ne constitue pas une priorité, mais il est déconnecté de l’époque dans laquelle nous vivons. Nous avons de la difficulté à offrir des services directs aux citoyens avec l’argent dont nous disposons, j’imagine mal investir dans une infrastructure qui n’est prioritaire pour personne. Le monde des arts ne la demande pas. Le monde des affaires non plus, ni même le monde du spectacle.

Si l’idée est théoriquement intéressante, elle coûte trop cher pour en faire une priorité ou encore un projet porté essentiellement par les fonds publics.

Maintenant la fonction sportive. 

Au sens de ses strictes obligations envers le hockey communautaire, la ville de Gatineau n’a pas besoin d’un amphithéâtre de 4000 sièges. Des arénas beaucoup plus petits suffisent amplement à accueillir nos jeunes hockeyeurs et ceux qui pratiquent les autres sports de glace. Le seul besoin d’un amphithéâtre de cette taille a été exprimé par les Olympiques de Gatineau, et même eux n’ont jamais fait la promotion du projet. 

Pourtant nous avons des besoins importants. 

Un diagnostic des arénas locaux sur le territoire de Gatineau a été réalisé et ce diagnostic fait le portrait d’infrastructures en piteux état depuis longtemps et conclut qu’il faudrait des investissements de plus de 58 M$ pour remettre à niveau l’ensemble de nos arénas de quartier. Des milliers de jeunes utilisent ces arénas chaque année, c’est vers cette priorité que devrait être dirigés les fonds publics.

Je proposerai donc que ce conseil mandate l’administration d’établir un plan de réfection des arénas de proximité à l’automne 2015. À ce moment-là, nous demanderons au gouvernement du Québec de transférer la subvention octroyée au projet du centre multifonctionnel vers le projet de réfection des arénas de proximité. Cette subvention représente un gain important pour Gatineau et nous ne voulons pas la perdre. 

Toutefois, il faut être clair. Le risque de perdre la subvention est bien réel. Nos députés nous ont assurés qu’ils nous accompagneraient dans la démarche, mais nous n’avons pas de garantie que la subvention sera transférable. Quelle que soit l’avenue que nous choisirons, la réponse sur l’avenir de la subvention ne viendra qu’au moment où nous aurons un projet concret à soumettre.

Par ailleurs, beaucoup de citoyens tiennent à garder les Olympiques de Gatineau et ces derniers ont un urgent besoin de s’installer dans un aréna moderne, de taille suffisante.

Le modèle où les villes, en fait les contribuables, assument presque tous les coûts et prennent tous les risques doit changer. Les partenaires qui tiennent aux Olympiques, et la ville en fait partie, doivent trouver un nouveau modèle de financement pour une infrastructure de ce type. Je tiens à ce que le conseil réitère sa volonté de participer à un projet, un projet porté par le secteur privé, qui permettrait la construction d’un aréna pouvant accueillir les Olympiques de Gatineau, mais un aréna dont la ville ne serait pas propriétaire. Une entente du type Branchaud-Brière, où la Ville loue des heures de glace, respecterait tout à fait ce critère et représente une solution idéale. Hier j’ai assuré monsieur MacMillan, porte-parole des Olympiques, que nous sommes, et que tout le conseil tient à continuer à être, des partenaires des Olympiques. Nous sommes prêts à faire preuve de créativité dans notre appui et à nous associer à un partenariat financier respectueux du cadre légal dans lequel nous évoluons. Les Olympiques sont une institution dont nous sommes fiers et nous ferons tout en notre pouvoir pour qu’elle reste chez nous. 

Jusqu’à tard hier soir, plusieurs d’entre vous étaient toujours à la recherche d’une position de compromis entre ce que je propose, c’est-à-dire de remettre la responsabilité de ce projet au secteur privé, et l’autre option, la construction d’un centre de 75 millions. Après presque dix ans d’efforts, nous n’avons pas trouvé cette solution où nous avons le beurre et l’argent du beurre. Un nouveau projet public implique nécessairement de nouveaux plans et devis, un délai minimum de quelques années, des investissements temporaires dans le Guertin actuel, des dépenses diverses qui s’ajouteront au coût de construction (comme des stationnements ou de l’aménagement des espaces autour de l’édifice). Un nouveau projet impliquerait également des délais importants qui mettront, eux aussi, la subvention de Québec à risque. Il est donc clair pour moi qu’un autre projet porté par le public coûtera, au bout du compte, si tout va bien, à peu près aussi cher que celui-ci. J’incite donc ceux et celles qui tiennent absolument à avoir une infrastructure de 4000 sièges à voter en faveur du projet actuel, agir autrement ne ferait que nous ramener quelques années en arrière.  

Il est absolument clair pour moi que nous avons fait tout ce qui est possible de faire dans ce dossier. Le pire scénario est de continuer à chercher pendant que l’aréna se dégrade et que le temps passe sans que nous puissions, ni tenter de sauvegarder la subvention, ni regarder en avant.  La saga Guertin doit se terminer.

Le choix que je propose aujourd’hui est de remettre la responsabilité et le leadership d’un projet comme celui-là là où ils doivent être, c’est-à-dire dans les mains du secteur privé. La ville de Gatineau a tout tenté pour en arriver à un projet ayant un coût raisonnable et elle n’y est pas arrivée : nous serons partenaires des Olympiques, mais pour ce qui est du leadership et de la propriété d’un futur projet, la balle n’est plus dans notre camps.

Maxime Pedneaud-Jobin
Maire de Gatineau

Commentaires (2) -

Sylvie Turcotte
Sylvie Turcotte

L'Outaouais se bat constamment pour récupérer les sommes dépensées en Ontario et nous sommes ici face à une immense fuite économique dans le domaine des spectacles, des arts et de la culture. Avons-nous besoin d'un immeuble de 4 000 places? Non, mais nous avons besoin d'un endroit suffisamment grand pour produire tous types de spectacles que la population de Gatineau désire recevoir.

Le tout au sport est une illusion. La santé d'une ville se bâtit sur l'équilibre dans ses investissements.  Nous avons dit non à la grande bibliothèque, nous disons non à une salle de spectacles de taille respectable. Continuons à nous appauvrir collectivement.

Excellent. Je suis content de voir que le bon sens reprend ses droits.

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