Maxime Pedneaud-Jobin

Maire de la Ville de Gatineau

Déclaration à propos du projet du Centre multifonctionnel

Vous trouverez ici le texte de la déclaration faite au comité plénier du 13 mai 2014.

 

La semaine dernière, nous avons procédé à l’analyse des soumissions reçues dans le dossier de la construction du centre multifonctionnel.

 

Nos constats sont les suivants :

 

Notre processus d’appel d’offres a été fait dans les formes. Les prix des divers aspects du projet ont été établis par des professionnels embauchés par la ville. Ils ont procédé aux estimés en utilisant plusieurs méthodes distinctes dont les résultats se recoupent tous. Le travail de ces mêmes professionnels a été vérifié par la firme Hanscomb, une firme qui se spécialise dans ce type de contre-vérification. Dans les derniers jours, les professionnels ont tenté de comprendre les écarts de prix entre nos estimés et les soumissions reçues. Nous restons convaincus que nos estimés sont fiables, l’écart entre les soumissions reçus et nos estimés nous indique clairement que le prix qui nous est demandé n’est pas juste et raisonnable. Cette analyse à elle seule justifie que le contrat ne soit pas octroyé et c’est la décision que le conseil a pris ce matin. 

On se rappellera que le coût total du projet de centre multifonctionnel est estimé à 63,5 millions de dollars pour la démolition de l’aréna existant, la construction du nouvel édifice et l’achat d’équipements scénographiques. Les professionnels engagés ont évalué les coûts de construction à 50,6 millions de dollars. Le 1er mai dernier, le plus bas soumissionnaire a présenté une offre totalisant 65 394 907 $ pour la construction uniquement, une offre de 15 millions de dollars supérieure aux estimés.

 

Pour nous l’écart de 15 millions n’est pas acceptable, nous sommes plusieurs à penser que nous ne devons pas payer plus que le montant prévu, soit 63,5 millions pour le projet global, et si il y a des dépassements on devra faire des choix à l’intérieur de ce montant. Nous tiendrons ces réflexions en temps et lieu.

 

Par ailleurs, depuis l’ouverture des soumissions, nous avons colligé un certain nombre d’éléments et d’irrégularités qui semblent avoir nui à la saine concurrence et qui remettraient donc en question l’intégrité financière de ce projet public. Les détails sont importants ici, et je tiens à être précis : il s’agit d’un ensemble d’informations, et non uniquement l’information contenue dans les soumissions.

 

Devant ces éléments, la direction générale adjointe responsable du dossier et la direction générale de la Ville, en collaboration avec le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) et avec mon appui, ont transmis le dossier à l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Ce dépôt a eu lieu le jeudi 8 mai dernier.

 

Encore une fois, je veux être certain d’être bien clair : nous ne ciblons personne, nous constatons des choses que nous devons signaler, c’est tout. Je précise que nous ne ciblons personne puisqu’il s’agit d’un dossier complexe dans lequel sont impliqués des entrepreneurs généraux, il y aussi un grand nombre de sous-contractants. Nous ne portons aucun jugement sur le rôle des uns ou des autres dans les irrégularités, tout ça appartient à l’UPAC. La suite des choses leur appartient et c’est leur rôle de porter des jugements dans ce dossier.

 

Évidemment, à partir de ce moment, les propos que nous pourrons tenir sur le dossier lui-même sont limités.

 

Nous pouvons toutefois affirmer ceci.

 

La Ville de Gatineau a mis de l’avant plusieurs mesures pour éviter la collusion et pour assurer une saine gestion des fonds publics. Nous nous sommes donné pour règle d’agir avec rigueur et de ne rien laisser passer. Cette volonté a été réitérée lors de l’adoption du programme du conseil. Nous avons d’ailleurs déjà lancé une enquête qui nous amènera à revoir tous les contrats octroyés de 2008 à 2013 en matière de « contrôle de matériaux » sur les chantiers.

 

Nous souhaitons bien sûr que les projets planifiés par la Ville se réalisent, mais cela doit se faire dans le respect des contribuables gatinois. Nous nous sommes donné comme rôle de protéger les contribuables et c’est ce que nous allons faire. Nous serons intraitables quant à l’intégrité exigée, autant de la part des entreprises privées avec lesquelles nous traitons directement ou indirectement, que de la part de notre personnel. Dès que nous aurons des doutes quant à l’intégrité des projets, nous les référerons aux autorités compétentes en la matière, c’est notre devoir d’agir ainsi. C’est à la fois une question d’intégrité professionnelle, d’intégrité personnelle et de responsabilité face aux contribuables.

 

Toutes les questions qui porteront sur le processus d’enquête qui s’amorce seront référées à l’UPAC.

 

En ce qui concerne les étapes à venir, je vous dirais que la dernière semaine a été consacrée à documenter la décision prise aujourd‘hui  de ne pas octroyer le contrat ainsi qu’à la transmission des informations à l’UPAC. Dans les semaines qui viennent je proposerai un plan d’action à l’exécutif, puis au conseil, sur la suite des choses. Diverses pistes d’action sont déjà à l’étude et seront déposées le plus rapidement possible. Nous savons tous que le dossier traîne depuis longtemps et nous voulons le faire avancer, mais étant donné les rebondissements qui s’accumulent depuis quelques années je pense qu’il faut procéder avec rigueur.

 

Je conclurais en disant que le geste que nous avons posé jeudi en déposant un dossier à l’UPAC, c’est un geste que nous ne posons pas de gaieté de cœur. Mais l’attitude que nous avons vu de la part de nos professionnels, c’est exactement ce à quoi nous nous attendons. Dès que nous remarquons des éléments qui soulèvent des questionnements, ce n’est pas notre travail de poser un jugement. Nous avons plutôt le devoir de transmettre les faits aux autorités concernées, c’est ce que nos équipes ont fait et c’est ce que nous attendons dans l’ensemble des dossiers. Je veux les remercier pour leur rigueur et leur intégrité.

Merci.

 

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