Maxime Pedneaud-Jobin

Maire de la Ville de Gatineau

Lettre ouverte au Devoir - Une occasion historique à saisir

Voici le texte paru ce matin dans Le Devoir:

Une occasion historique à saisir

 

Il est rare pour un premier ministre d’avoir l’occasion de transformer profondément un domaine de l’activité humaine. Grâce au travail qu’a fait l’UMQ depuis quelques années, Philippe Couillard a cette chance avec le monde municipal. Il a l’occasion de, ni plus ni moins, refonder les municipalités du Québec et ainsi faire d’elles les moteurs de développement économique et social dont nous avons besoin.


Parce qu’elles ont une proximité unique avec le citoyen, les villes sont devenues un palier de gouvernement incontournable. En quelques décennies, les villes sont devenues le lieu de la création de la richesse, malheureusement aussi le lieu de la pauvreté, elles sont les principaux diffuseurs de culture, elles sont la source principale de l’offre en loisirs et en sport. Elles agissent en matière de développement économique, elles sont souvent les mieux placées pour influencer le développement social, notamment l’accueil des immigrants ou encore le vieillissement de la population. Elles sont idéalement des partenaires de tous les instants du monde de l’éducation, du CPE à l’université.


Les travaux récents de l’Union des municipalités du Québec lui ont permis de faire deux constats : il n’est plus pensable de camper les villes dans leur rôle traditionnel de services à la propriété ; conséquemment, le cadre légal et fiscal dans lequel elles évoluent freine leur développement et celui de tout le Québec. Dans toutes sortes de domaines, les villes sont plus que jamais les mieux placées pour agir, mais elles n’ont pas les outils pour le faire. Nous sommes devant des F1 du développement économique et social qui n’auraient pas de piste où s’exprimer.


À Gatineau, l’impôt foncier constitue 87 % des revenus municipaux. Cette taxe est à la fois insuffisante et inadéquate. Insuffisante parce qu’elle n’arrive plus à couvrir les besoins des villes, autant les besoins de rattrapage en infrastructure que l’amélioration des services à la personne (comme l’amélioration des bibliothèques et le soutien au développement économique), et inadéquate parce qu’elle a des effets pervers : étalement urbain, iniquité fiscale, recherche de la croissance à tout prix, etc. L’impasse fiscale municipale est profonde et nous empêche de préparer l’avenir.


Il n’est pas normal qu’une ville comme Gatineau, en 2014, doive faire approuver chacun de ses règlements d’emprunt par Québec,  doive soumettre jusqu’à des plans et devis de construction pour avoir accès à des subventions ou même ne puisse décider elle-même de mettre ses avis publics uniquement sur Internet. Les villes sont entrées dans la modernité, il est temps de redéfinir leurs rapports avec Québec. Le carcan dans lequel nous évoluons actuellement est d’une lourdeur administrative hallucinante et la tutelle objective qui nous est imposée est injustifiable en regard des responsabilités qui nous incombent. Nos conseils municipaux sont dûment élus, ils rendent des comptes, les grandes villes se rapportent à des vérificateurs généraux, sans parler des médias qui nous suivent de très près. Oui, comme les gouvernements de Québec et d’Ottawa, nous avons notre part de dérapages, mais les mécanismes de surveillance s’améliorent continuellement et il est temps de mettre fin à la tutelle effective qui nous empêche d’avancer.


Depuis quatre ans, l’Union des municipalités du Québec a fait un travail immense de réflexion sur l’avenir et les solutions pour relancer les villes sont maintenant connues. Nous savons que le rattrapage qu’elles doivent faire en matière d’infrastructures plombe leur finance et leur coupe les ailes. Nous savons que la relance des villes passe par une réforme de leur fiscalité. Nous savons que la relance des villes passe par l’adoption d’une Charte des municipalités qui leur permettrait d’agir librement dans leur domaine de compétence tout en exigeant qu’elles rendent des comptes. Ce n’est pas un hasard si le thème des assises est: « Maintenant! ». Fini les comités, il faut agir. Nous sommes à un moment charnière, un moment de l’histoire du monde municipal que le nouveau gouvernement a la possibilité de rendre historique.


M. Couillard sera à Gatineau vendredi. Durant la campagne électorale et au moment de son assermentation, il s’est avancé assez clairement dans le sens de ces réformes importantes. Les villes du Québec sont réunies sur la ligne de départ et elles n’attendent que le coup d’envoi pour travailler à ce chantier important. Le signal doit venir vendredi, c’est dans l’intérêt de tout le Québec.   


Maxime Pedneaud-Jobin
Maire de Gatineau
Depuis mercredi, Gatineau est l’hôte des assises de l’Union des municipalités du Québec (UMQ).

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