Maxime Pedneaud-Jobin

Maire de la Ville de Gatineau

L’importance fondamentale de la liberté d’expression

 

Je voudrais m’exprimer ici en tant qu’ancien président de la Fédération étudiante de l’Université d’Ottawa (FÉUO), en 1990-1991. Je ne reconnais pas l’Université d’Ottawa.

 

Je ne peux pas concevoir qu’en 2020, nous devions nous mobiliser pour défendre la liberté d’expression dans une université respectable, dans une classe où une prof fait exactement ce qu’elle doit faire : stimuler la réflexion de ses élèves sur des enjeux importants. Je croyais que nous avions compris que la liberté d’expression, donc l’absence de censure, doit être protégée parce qu’elle est un fondement de la démocratie. Ce principe existe pour protéger notre capacité de débattre, il existe, justement, pour s’appliquer quand il y a désaccord profond. La censure est aussi la voie de la paresse car lorsqu’on interdit, plus besoin de dénoncer, plus besoin de débattre, on laisse le mal se propager en silence, car si on ne le combat pas par la parole, il se propagera.  

 

La censure est aussi la voie de tous les excès politiques.  Victor Hugo l’appelait son « ennemie littéraire » et son « ennemie politique ». La censure est une arme qui s’attaque d’abord et avant tout à celles et à ceux qui veulent changer le monde. Le faire progresser. Le bousculer. L’obliger à regarder ses travers, ses démons, sa part d’ombre. Les étudiant(e)s qui attaquent cette prof s’attaquent eux-mêmes. Ils veulent que le monde change, que les mots changent, c’est par la parole que nous y arriverons, pas par la censure, même avec de bonnes intentions. Censurer, pour encore paraphraser Hugo, c’est défendre la civilisation avec les moyens de la barbarie.

 

Cette phrase, venant du recteur de l’Université d’Ottawa, me donne des frissons dans le dos : « Les membres des groupes dominants n’ont tout simplement pas la légitimité pour décider ce qui constitue une microagression ». Un recteur cautionne l’idée qu’une opinion puisse être jugée non pas en fonction de son contenu, mais en fonction du groupe d’appartenance de la personne qui parle… Dans ce principe, il y a l’idée que l’on juge un propos en fonction de la couleur de la peau de la personne qui s’exprime. C’est une attaque contre la citoyenneté, contre la démocratie, contre les Lumières, contre les principes même de l’éducation. Je voulais joindre ma voix à celles et à ceux qui dénoncent cette dérive.  

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