Maxime Pedneaud-Jobin

Maire de la Ville de Gatineau

Passage à la Soirée est encore jeune

Un grand merci à toute l'équipe de "la soirée est encore jeune" . Un excellent accueil et au plaisir de vous recevoir dans mon bureau à Gatineau.

Pour écouter l'émission, cliquez ici. Mon entrevue est au début de la 2e heure.

 

Passage à l'émission La soirée est encore jeune

Je serai demain soir à l'émission de radio La soirée est (encore) jeunepour défendre l'honneur de Gatineau! La semaine dernière, un des chroniqueurs, Fred Savard s'est allègrement moqué de Gatineau en la réduisant à «une banlieue d'Ottawa». Je lui donnerai la réplique demain un peu après 18h, une belle occasion de faire connaître la Ville de Gatineau.

Présentation devant le comité permanent sur le transport et les infrastructures de la Chambre des communes

DÉFICIT EN INFRASTRUCTURES ET FINANCES MUNICIPALES : LA RÉPONSE DE GATINEAU

 

L’état des infrastructures municipales est une des principales menaces à la santé financière des villes de tout le Québec et de tout le Canada. Le prix à payer pour des années de négligence est immense. Les réparations coûtent de plus en plus cher, le rattrapage à faire est de plus en plus grand. Le poids de ce poste budgétaire étouffe de plus en plus les autres missions municipales, des missions essentielles comme les bibliothèques, le développement social, les loisirs, les sports, le développement économique. L’objectif de la présentation d’aujourd’hui est de vous présenter la réponse de Gatineau à ce problème fondamental.

 

Connaître nos besoins : le plan financier à long terme

 

Il y a maintenant cinq ans, la Ville de Gatineau a terminé une démarche rigoureuse et documentée pour identifier et chiffrer précisément ses besoins en matière d’infrastructures. La réalisation de plans directeurs dans tous les domaines pertinents (aqueducs, égouts, asphalte, usine d’eau potable, etc.) nous a permis de chiffrer notre déficit à 1,1 milliard $, c’est à dire qu’à Gatineau seulement, nous devrions investir 1,1 milliard de dollars pour mettre nos infrastructure à un niveau acceptable.

 

Nos actions pour répondre à la situation :  

 

Des investissements massifs :  

 

Allocation aux infrastructures de 100% toutes les nouvelles sources de revenus de Gatineau depuis 2005. (Montant investit : 87,3 millions $ à ce jour).

 

Adoption d’une taxe spéciale pour les infrastructures de 1 %, chaque année depuis 2012, permettant des investissements supplémentaires dans nos infrastructures de l’ordre de 36 M $ à ce jour. En 2017, l’enveloppe ainsi créée représentera un fonds récurrent de 20 millions par année consacré strictement aux infrastructures.  

 

Application stricte d’une politique favorable à l’augmentation de la dette afin d’adhérer à tous les programmes de subvention pour le rattrapage de nos infrastructures. Depuis la fusion, la plus grande partie de l’augmentation de notre dette l’a été pour cette raison[1], les autres hausses étant surtout reliées à des obligations imposées par le gouvernement du Québec.

 

Le service des Travaux publics est le seul service dont les budgets sont indexés automatiquement annuellement.

 

Notre commission de révision des dépenses et des services, dont l’objectif est de trouver des économies récurrentes dans le budget municipal, touche uniquement aux autres missions municipales, pas aux dépenses reliées aux infrastructures.

 

Arrêter l’hémorragie

 

Mise en place d’une réserve appelée  « cycle de vie », dont l’équivalent de 2 % du coût des nouvelles infrastructures (500 000 $ par année) y est placé chaque année. Objectif : arrêter l’hémorragie en se donnant les moyens, dès leur construction, d’entretenir nos nouvelles infrastructures quand elles prendront de l’âge. (Réserve actuelle : 7,5 millions).

 

Imposition des frais de croissance pour tous les nouveaux développements (9,92 $/m2) permettant de récupérer environ 3,5 M $/année (69 M $ sur 20 ans) pour investir dans la croissance des besoins en infrastructures. Objectif : que la croissance paie pour la croissance et les nouveaux besoins engendrés par celle-ci (parcs, usines d’eau potables, traitement des eaux usées, entretien futur des nouvelles infrastructures acquises, etc.)

 

 

 

Nous sommes de bons élèves, nous prenons nos responsabilités.. mais…

 

Le rattrapage nécessaire au niveau des infrastructures, à Gatineau seulement, a été chiffré à 1,1 milliards il y a cinq ans. Nous avons fait une mise à jour en 2014, et, aujourd’hui, le rattrapage à faire a augmenté, malgré nos investissements massifs, à 1,3 milliards. Nous sommes de bons élèves, nous prenons nos responsabilités, nous faisons des sacrifices. Malgré tout cela, nous n’y arrivons pas et l’écart se creuse. Par exemple, le nombre de kilomètres de rues dont l’état est en deçà d’un ratio acceptable est passé de 195 km en 2005 à 356 km en 2011 (pour l’ensemble du réseau, incluant artères, collectrices et locales).

 

 

Attention : l’effet pervers de nos investissements

 

Le rattrapage à faire dans nos infrastructures monopolise l’essentiel de notre capacité fiscale. Cela n’est pas sans conséquence négative. En effet, la quasi-totalité de l’augmentation de la dette est consacré aux infrastructures. La totalité de la hausse de taxe consacrée à de nouveaux investissements est canalisée dans les infrastructures. Dans les dernières années, nous avons souvent taxé sous l’inflation, et nos hausses de taxes récentes se limitent à l’inflation, plus une taxe dédiée aux infrastructures.

 

Cela veut dire, pour une ville en croissance, que l’augmentation de notre offre de service doit se faire par des compressions dans ce que nous offrons déjà, ou encore par des gains d’efficacité. Ces principes rigoureux ont des impacts majeurs sur les missions municipales autres que celle des infrastructures. Par exemple, depuis 12 ans, il n’y a eu aucun investissement dans notre réseau de bibliothèques. Aucun. Alors que la population de Gatineau est en croissance soutenue, alors que c’est le savoir et la culture qui permettent d’innover, alors que l’on sait clairement que notre avenir économique et social passe par la matière grise de nos enfants, nous négligeons nos bibliothèques. C’est grave. Pour illustrer le fossé entre les infrastructures et les autres services, dans les quatre prochaines années, nous investirons 67 millions dans des « projets d’avenir », parcs, pistes cyclables, centre-ville, bibliothèques. Pendant la même période, c’est 480 millions que nous mettrons dans nos infrastructures.

 

Les choix que la situation de nos infrastructures nous impose mettent en danger notre capacité de préparer l’avenir, rien de moins. Il faut le rappeler, si investir dans les infrastructures permet de réduire les dépenses d’entretien, ces mêmes infrastructures ne créent pas de richesse, ne stimulent pas l’innovation, n’apporte pas de qualité de vie comme peuvent le faire, par exemple, nos bibliothèques ou notre centre-ville.

 

 

Les solutions

 

Le problème de base

 

La conception urbaine de notre ville est, en quelque sorte, une erreur fiscale. Nous sommes construits en basse densité et cette faible densité fait que dans chaque rue, nous n’avons pas assez de revenus de taxe pour payer les services à la propriété et les services à la personne qui viennent avec le développement urbain. Cette basse densité explique également les difficultés de réduire les coûts de notre transport en commun. Les décideurs qui nous ont précédés ont voulu surtout répondre aux besoins du marché immobilier plutôt que d’encadrer la croissance. Nous en vivons aujourd’hui les conséquences. Le nouveau schéma d’aménagement qui sera bientôt adopté à Gatineau veut répondre à cette réalité en favorisant la densification, en priorité le long de nos axes de transport en commun. Nos frais de croissance sont aussi une réponse à cette réalité car ils devraient influencer la densification.  

 

Le problème des revenus  

 

Mais il y a également un problème de fonds, un problème de revenus. Au Québec, les villes gèrent 58% des infrastructures publiques, mais n’ont accès qu’à 8% des taxes et impôts payés par les Québécois. La mathématique est implacable : même avec la meilleure volonté du monde, comme à Gatineau, et même en y investissant la totalité du budget dédié aux autres missions municipales, il est impossible de répondre aux besoins.

 

De plus, les gouvernements provinciaux et fédéral obtiennent un retour important sur leur investissement lorsque des sommes sont injectés dans les projets d’infrastructures, ce qui n’est pas le cas des municipalités. Alors que la perception générale est que la contribution des paliers de gouvernement est de « un tiers, un tiers, un tiers », une étude menée par Deloitte en 2012 sur l’état des infrastructures municipales au Québec révélait qu’en tenant compte des différents retours fiscaux dont bénéficient les gouvernements supérieurs, la contribution nette des municipalités dans l’entretien des infrastructures est de l’ordre de 76%. C’est sans commune mesure avec notre capacité réelle de payer.  

 

Mais le problème d’argent est plus profond encore puisque la seule chose que nous contrôlons, c’est notre propre budget. La tentation est donc grande d’investir encore plus pour régler ce problème. Ce serait cependant une erreur. Nous ne pouvons pas faire porter aux seuls Gatinois d’aujourd’hui, le poids d’un problème qui a été créé en quelques décennies. Il y a également une limite à l’importance que doit prendre la taxe foncière, une taxe moins juste que l’impôt sur le revenu, une taxe qu’on ne peut éviter, contrairement à une taxe à la consommation qu’on peut éviter en consommant moins. La taxe dédiée, la réserve cycle de vie et notre politique d’augmentation de la dette pèsent déjà assez lourd sur notre capacité fiscale, et il serait mal avisé d’ajouter encore au fardeau des Gatinois. Pourtant, le problème doit être réglé et, selon moi, la solution doit venir d’un meilleur partage des ressources à la disposition des gouvernements municipaux, provinciaux et fédéral.  

 

Je veux profiter de l’occasion pour souligner les progrès importants faites par les villes quant à l’aide du gouvernent fédéral. En mettant en place, puis en rendant les programmes de financement aux infrastructures beaucoup plus prévisibles et permanents, il nous facilite la tâche. Cela nous permet notamment de régulariser nos stratégies d’emprunt et d’avoir une gestion financière plus rigoureuse. Mais ce n’est pas assez. L’exemple de Gatineau est éloquent : malgré notre courage et notre sens des responsabilités, nous reculons.

 

Il faut donc :

 

-       Construire nos villes de façons différentes, à Gatineau c’est en cours notamment avec notre nouveau schéma d’aménagement qui modifie considérablement nos façons de faire et nous permets de bâtir de façon plus durable au niveau environnemental, mais au niveau fiscal aussi;

-       Investir massivement dans le transport en commun et dans le transport actif, puisque cela contribue à réduire la pression sur le réseau routier;

-       Et finalement, oui, nous avons besoin de plus de ressources financières. Nous devons changer le rapport  58% des responsabilités et 8% des revenus, rapport qui place les villes dans une situation intenable. Si ce rapport reste le même, le fond du problème ne changera pas.  

 

Merci.

 



[1] La dette a augmentée depuis la fusion de 193 millions  passant de 381 à 574 millions soit : programme de subvention infrastructures 44M, usine d’épuration 37M, rue Jacques Cartier 26M, complexe sportif 11M, nouvelles normes (schema incendie, pgmr) 42M, parcs industriels 21M, IPC 12M.

 

Centre Multifonctionnel - Mise à jour

Bonjour,

Aujourd’hui, lors de la réunion du conseil municipal, nous avons fait un état de situation public entourant le dossier du centre multifonctionnel. Nos équipes ont présenté les enjeux et les options qui s’offrent à nous. Il y a trois options sur la table : aller de l’avant avec le projet actuel qui se chiffre désormais à 74,4 millions $, ne pas aller de l’avant, ou inclure dans le projet un partenaire privé qui en modifierait le cadre financier. Nous avons été approchés à cet effet dans les derniers mois, et sommes présentement en discussion pour voir s’il est possible d’arriver à une entente. J’élimine d’emblée l’option de la rénovation, qui est selon moi la moins intéressante. Elle n’est pas durable et coûterait à peine moins cher que les autres.

Il a été convenu que nous prendrions une décision finale d’ici la fin mai, puisque nous souhaitons nous donner du temps pour continuer les discussions avec le partenaire privé. À la fin des discussions avec ce partenaire, nous pourrons prendre une décision éclairée en ayant toutes les options devant nous.

Je tenais cependant à vous faire part de ma position dans ce dossier qui a un lourd historique et qui est stratégiquement important pour nous tous. Vous pouvez prendre connaissance des détails en visionnant la vidéo de la mêlée de presse tenue en fin de journée (vidéo plus bas). En voici un résumé.

Avec le cadre financier actuel, je ne suis pas d’accord pour aller de l’avant avec le projet. À 74,4 millions de dollars, le projet dépasse de 11 millions $ les budgets prévus et je ne crois pas qu’il est justifiable d’engager autant de fonds publics supplémentaires. Par contre, si les discussions avec un partenaire privé s’avéraient fructueuses, et qu’elles modifiaient le cadre financier de façon suffisamment importante en faveur des contribuables, je serais beaucoup plus enclin à l’appuyer. Nous poursuivons donc les discussions avec ce partenaire potentiel.

Si ce dossier vous intéresse, je vous invite à prendre connaissance des détails présentés par nos équipes
en consultant la vidéo de la présentation et les documents qui s’y trouvent. N’hésitez pas à nous faire part de votre position ou de vos commentaires.

Soyez cependant assurés que, peu importe la décision finale, nous agissons depuis le début avec rigueur et prudence afin de prendre la meilleure décision possible pour les citoyens de Gatineau.

 

Conférence à l'UQO dans le cadre du colloque «Territoire de l'innovation»

Conférence à l'UQO dans le cadre de la journée "Le territoire de l'innovation", au sujet des premiers pas d'une formation politique municipale à Gatineau. Rappel de plusieurs innovations mises en place par Action Gatineau.

 

Communiqué de presse - Réaction du maire Pedneaud-Jobin sur le rachat du journal Le Droit

« C’est une nouvelle très intéressante que d’apprendre le rachat du journal Le Droit par le groupe Capitales Médias, sous la direction de M. Martin Cauchon.

Notre presse régionale doit rester forte sur le plan de l’information, et ce rachat semble vouloir confirmer l’envie pour certains entrepreneurs de maintenir ce niveau d’information.

J’espère que cette annonce sera une occasion de préciser l’importance du maintien des journaux locaux. Sans journal local, de nombreux enjeux de la vie politique municipale ne pourraient être traités publiquement.

Nous avons besoin de médias locaux forts et j’ai exprimé mon souhait de discuter rapidement avec M. Cauchon sur la finalité de cette décision pour l’Outaouais. »

– 30 –

Source
Laurence Gillot
Attachée de presse,
Cabinet du maire
Ville de Gatineau
819 243-2345, poste 7128
gillot.laurence@gatineau.ca

@Laurence_Gillot 

Participation à l'émission Médium Large (Radio-Canada)

Je tiens à remercier Catherine Perrin et toute son équipe de Médium large pour leur accueil chaleureux de ce matin. Ça démarre bien une journée, et pour ceux qui n'ont pu écouter l'émission le lien est ci-dessous.

 http://ici.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2014-2015/  

Discours d'ouverture du 36e Salon du livre de l'Outaouais - 26 février 2015

J'ai eu l'occasion de prononcer un discours à la cérémonie d'ouverture du SLO plus tôt ce soir, une occasion parfaite pour faire part de ma vision de la pertinence de la culture, une question qui m'habite depuis longtemps. Étant donné certaines restrictions de circonstances, j'ai dû raccourcir un peu la version prononcée. Voici plus bas le texte intégral.

 

Bonsoir à tous,

Je suis heureux de vous souhaiter la bienvenue au Salon du livre de l’Outaouais. Pour une 36e année, Gatineau et toute la région de l’Outaouais se donnent rendez-vous pour célébrer le livre et ses artisans

On m’a donné la permission d’aborder avec vous  une question qui m’habite depuis des années, le Salon du livre me semble le lieu approprié pour y réfléchir avec vous

C’est une question qui concerne le livre, mais bien plus. Une question simple, que l’on entend à chaque budget fédéral, à chaque budget provincial, à chaque budget municipal. Une question simple à laquelle tous les politiciens dans mon genre doivent éventuellement répondre. Mais c’est une question complexe à laquelle de grands personnages se sont frottés. C’est une question sans cesse répétée depuis des siècles parce qu’elle concerne la nature même de l’être humain.

 

 « La culture kosse ça donne? ».

Jean-Paul Sartre lui-même, comme pour mesurer le fossé entre la littérature et la misère vécue par bien des humains, disait « En face d’un enfant qui meurt, La Nausée ne fait pas le poids ». Aujourd’hui, on pourrait dire avec moins de finesse mais tout aussi justement : « En face de l’état lamentable de nos routes, la construction d’une bibliothèque ne fait pas le poids ».

La culture incarne pour certains le superflu, le luxe, l’accessoire, surtout devant les réalités du quotidien, le toit qui coule, les nids de poule, ou même la souffrance humaine.

 

En fouillant cette question, je suis tombé sur une longue citation qui nous vient d’un des plus grands auteurs de l’histoire du monde, citation qui contient l’essentiel de la réponse à cette question fondamentale 

« Vous avez soin de vos villes, vous voulez être en sûreté dans vos demeures, vous êtes préoccupés de ce péril, laisser la rue obscure ; songez à ce péril plus grand encore, laisser obscur l’esprit humain. Les intelligences sont des routes ouvertes ; elles ont des allants et venants, elles ont des visiteurs, bien ou mal intentionnés, elles peuvent avoir des passants funestes ; une mauvaise pensée est identique à un voleur de nuit, l’âme a des malfaiteurs ; faites le jour partout ; ne laissez pas dans l’intelligence humaine de ces coins ténébreux où peut se blottir la superstition, où peut se cacher l’erreur, où peut s’embusquer le mensonge. L’ignorance est un crépuscule ; le mal y rôde. Songez à l’éclairage des rues, soit ; mais songez aussi, songez surtout, à l’éclairage des esprits. (…) La lumière est dans le livre. Ouvrez le livre tout grand. Laissez-le rayonner, laissez-le faire. Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir, apaiser, mettez des livres partout…»

Voilà comment Victor Hugo, en 1878 répondait à cette question. « Songez à l’éclairage des rues, soit ; mais songez aussi, songez surtout, à l’éclairage des esprits. (…) »

C’est bon, mais si Hugo avait eu le moindrement le sens de la formule, il aurait pu dire plus brièvement: Lire de tout, partout. (sourire) 

Presque un siècle plus tard, en octobre 1966, André Malraux, ministre français de la culture, tenait un discours similaire en opposant cette fois le budget des affaires culturelles et les autoroutes. Je cite : « … ce que je vous demande, c’est exactement vingt-cinq kilomètres d’autoroutes! Pour le prix de vingt-cinq kilomètres d’autoroutes, nous maintenons que la France qui a été le premier pays culturel du monde en son temps, (…), la France pour cette somme misérable, peut, dans les dix ans qui viendront, redevenir le premier pays culturel du monde. »

 

Ces grands hommes mettaient la culture au-devant de tout. Pourquoi? La culture, kosse-ça donne?

 

Le premier argument, celui qu’on entend maintenant assez souvent, est simple : la culture est payante.

 

Les États-Unis d’Amérique sont une super puissance économique depuis deux siècles. La première industrie américaine en dollars américain : c’est l’industrie culturelle. À Montréal, la création d’emplois associés aux investissements en culture dépasse même celle des investissements en transport ou en télécommunications[1].

C’est malheureusement l’argument qui pèse souvent le plus lourd devant l’asphalte. S’il n’est pas à négliger, il n’est pas le plus fondamental. Même si elle ne rapportait pas d’argent, la culture resterait essentielle. 

Pourquoi? Parce que la culture est une source de beauté. 

 

Les belles chansons, les beaux tableaux, les beaux livres, les beaux films, les belles sculptures, ces belles choses sont-elles du luxe? Non. Elles sont nécessaires à notre qualité de vie, sinon à notre bonheur. Certaines œuvres sont si émouvante, si géniales parfois, qu’elles nous permettent de croire que rien n’est impossible. Dans un monde cynique, c’est une fonction vitale. D’autres œuvres sont si dérangeantes qu’elles nous permettent de voir que tout peut être contesté. Dans un monde où les élites sont puissantes et se protègent, c’est une fonction vitale.

 

Mais la culture a une autre fonction. La culture nous permet de dire et d’entendre ce que nous sommes : notre humour, notre histoire, nos valeurs, nos quêtes, nos peurs, nos succès, notre âme. Tout le Québec se reconnaissait dans Les Plouffe, tout le Québec riait en écoutant Yvon Deschamps, tout le Québec chantait La Bolduc, se retrouve dans Michel Tremblay, se voit dans les œuvres de Jean-Paul Riopelle, s’entend en écoutant Mes Aïeux, Loco Locass, Chloé Sainte-Marie

L’Outaouais construit ce qu’elle est grâce à Guy Jean, Christian Quesnel, Luce Duffault, Pierre Lapointe, Philippe Falardeau, Louison Danis, Marie-Jeanne Musiol, Jean Dallaire, Jean Desprez etc. La culture est le cœur du « nous », elle est le cœur des régions et l’âme des nations

La culture est aussi le « Je » par excellence.

 

Selon un professeur de Gatineau, Daniel Caron, « En tant qu’individu, elle (la culture) est peut-être une des choses les plus personnelles que nous ayons à offrir dans nos interactions avec autrui ». En effet, quand on rencontre quelqu’un, ce qu’on lui offre, ce qu’on présente, ce qui nous définit, c’est notre culture. On peut être attiré par des yeux, un sourire, une allure, mais c’est notre identité profonde, notre culture, qui séduit.

 

Toujours selon le professeur Caron, toutes les interactions que nous avons avec le contenu culturel qui nous entoure façonne notre vision du monde. « Artistes, politiciens, écrivains, leaders, historiens, journalistes, bibliothécaires ou encore parents, amis (…) participent à transmettre des contenus (…) et à perpétuer (…) des manières de comprendre et de concevoir le monde. 

Si la culture est le cœur de ce que nous sommes comme individu, elle est aussi au centre de ce que nous sommes comme communauté. Si notre culture change, ce qui est en jeu, ce sont nos valeurs, nos croyances, notre mode de vie. C’est grâce au développement culturel que nous pourrons perpétuer nos valeurs ou encore les voir se transformer pour le meilleur ou pour le pire.

Finalement, on dit que l’homme est le seul animal qui sait qu’il va mourir. Malraux, écrira que l’art est un anti-destin. Les chefs d’œuvre créés par l’être humain seraient une façon pour lui de se montrer plus grand que son destin, plus grand que le temps qui le condamne. Écrire, peindre, chanter, c’est donc vaincre le destin.

On est loin de l’asphalte et des nids de poule.

 

Mais on se rapproche peut-être de ce qui est vraiment prioritaire et de ce que ça donne la culture : le développement de chacune des facettes de l’humain, l’espoir, le bonheur.  

Ce sont aussi toutes ces raisons qui font du Salon du livre un événement incontournable chaque année à Gatineau. La Ville de Gatineau est fière d’être le partenaire privilégié de cette grande fête du livre

J’aimerais féliciter les organisateurs du Salon qui travaillent, année après année, à nous surprendre avec la qualité et la diversité des activités offertes. Je tiens aussi à remercier les nombreux bénévoles qui contribuent largement au succès du Salon.

Je conclurai cette réflexion sur la culture par une autre citation de Victor Hugo, tirée elle aussi de son discours d’ouverture au Congrès littéraire international de 1878. Cette citation s’adresse aux artisans du livre, mais tout spécialement aux auteurs, celles et ceux qui nous rassemblent aujourd’hui :

« Messieurs (mesdames), votre mission est haute. Vous êtes une sorte d’assemblée constituante de la littérature. Vous avez qualité, sinon pour voter des lois, du moins pour les dicter. Dites des choses justes, énoncez des idées vraies, et si, par impossible, vous n’êtes pas écoutés, eh bien, vous mettrez la législation dans son tort. (…) Vous allez faire comprendre aux législateurs qui voudraient réduire la littérature à n’être qu’un fait local, que la littérature est un fait universel. La littérature, c’est le gouvernement du genre humain par l’esprit humain. ».

Merci, bonne soirée, et bon Salon.



[1] Chambre de commerce du Montréal métropolitain, L’art de s’investir en culture.

Texte d'opinion sur la transparence

J'ai été invité à signer un texte sur la transparence dans le cadre du lancement de L'Épistolet, un nouveau journal d'opinions en ligne. J'y aborde notamment les changements mis en place à Gatineau et le rôle que la communication doit jouer dans le renouveau de la relation entre le citoyen et l'administration publique. 

Texte intégral disponible ici. 

2015, l'année des villes?

J'ai fait parvenir au journal La Presse un texte d'opinion au sujet du rôle des villes. Le texte est paru dans l'édition de ce matin, et vous en trouverez la version intégrale ici-bas. 

Je suis un nouveau maire, élu il y a à peine un an à Gatineau.

Jusqu'en décembre dernier, j'étais plein d'espoir, heureux d'arriver en poste à une époque où tous les partis politiques provinciaux semblaient déterminés à enfin faire sortir les villes du carcan dans lequel elles se trouvent depuis deux siècles, carcan qui entrave leur développement et celui de tout le Québec. En matière municipale, les intentions du gouvernement étaient claires et stimulantes. J'avais l'impression que nous allions enfin donner au Québec le moteur économique et social dont il a bien besoin: des villes plus autonomes.

En décembre dernier, mon enthousiasme a été considérablement ébranlé par les attaques du ministre Moreau contre Laval et Longueuil. En remettant en question le droit des villes de gérer leur propre hausse de taxe, le ministre s'attaquait aux fondements mêmes de l'autonomie municipale. On aurait dit qu'on reculait de 40 ans.

 

Les villes sont des acteurs incontournables du développement économique et du développement social.

Elles font bouger les jeunes, luttent contre la pauvreté, accueillent les immigrants, combattent la solitude chez les aînés. Elles gèrent les déchets, les eaux usées, le recyclage, le compostage, l'eau potable. Elles sont les principales diffuseuses de culture. Elles sont la source principale de l'offre en sports et en loisirs. Elles sont (ou devraient être) des partenaires de tous les instants du monde de l'éducation, du CPE à l'université.

Elles font tout cela parce qu'elles sont le palier le plus apte à connaître à la fois les besoins et les ressources de la communauté. Elles travaillent quotidiennement avec des organismes communautaires, les gens d'affaires, avec le réseau de la santé, avec les écoles, avec des gens de culture et de sport.

Pourtant, comme gouvernement de proximité, les villes jouent tous ces rôles avec une main attachée dans le dos et une fiscalité préhistorique. Par exemple, elles essaient d'entretenir 58% des infrastructures publiques, avec seulement 8% des taxes et impôts payés par les contribuables, tous gouvernements confondus. L'état de nos rues témoigne bien de l'incohérence mathématique de cette équation.

De plus, chaque fois qu'elles lèvent le petit doigt, elles doivent demander des permissions. Québec leur impose le nombre de pompiers ou de policiers à embaucher (40% des nouvelles embauches à Gatineau depuis 12 ans). Elles n'ont pas le droit d'éviter le plus bas soumissionnaire, même s'il est incompétent. Elles n'ont même pas le droit de mettre leurs avis publics uniquement sur Internet, et doivent encore publier dans un journal.

C'est désespérant.

Légiférer les hausses de taxes

L'an dernier, le gouvernement a réduit les en-lieu de taxe, ce qui équivaut à refuser de payer pour les services comme les aqueducs ou le déneigement que nous donnons aux hôpitaux, aux écoles, aux bureaux provinciaux présents chez nous. Nous n'avions pas le droit de faire des déficits (c'est bien), Québec veut maintenant légiférer sur les hausses de taxe et déterminer lui-même quel niveau de surplus est acceptable (c'est ridicule). Québec prétend mieux connaître nos budgets que nous-mêmes, alors que nous débattons publiquement de nos choix budgétaires, nos médias nous surveillent, nos électeurs nous sanctionnent, notre vérificateur général nous inspecte.

Les solutions pour relancer les villes sont connues depuis longtemps et faisaient consensus: réforme de leur fiscalité, plus grande autonomie administrative. L'histoire a démontré que les États centraux devraient prendre exemple sur les villes plutôt que les bâillonner.

Selon Jean Haëntjens, auteur de Crises: la solution des villes, alors que la démocratie nationale «a du mal à dépasser le débat efficacité économique versus justice sociale», la démocratie locale «invente des stratégies qui se déploient sur tous les champs de la vie en société; elle jouit de la confiance des citoyens; elle réussit». Dans notre intérêt à tous, 2015 doit être l'année où les villes prennent la place qui leur revient.

http://www.lapresse.ca/le-droit/opinions/votre-opinion/201502/02/01-4840499-2015-lannee-des-villes.php