Maxime Pedneaud-Jobin

Maire de la Ville de Gatineau

Discours d'accueil à l'UMQ

La réforme municipale est encore à faire 

Voici le mot d'accueil que j'ai prononcé ce matin lors de l'ouverture des 99e assises de l'UMQ:

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Même à distance, je sens votre profonde déception de ne pas avoir le bonheur d’être chez nous, à Gatineau, votre ville préférée! Je compatis avec vous… mais ce n’est que partie remise, je suis certain qu’avec la sortie de crise que nous voyons poindre à l’horizon vous pourrez bientôt revenir dépenser des sommes colossales dans une des plus belles villes du Québec.   

Étant donné que je ne serai pas candidat en novembre prochain, ce petit mot d’ouverture sera très probablement mon dernier discours devant vous. Vous me permettrez donc, à l’aide du thème de nos assises, et en deux minutes, de vous accueillir en décrivant, encore une fois, ce que vivent les villes d’aujourd’hui et de parler brièvement de l’avenir.    

La crise que nous traversons a offert un autre puissant exemple du rôle incontournable des villes quand vient le temps de répondre aux défis de notre époque. 

Cette année, les municipalités du Québec auront été au front, elles auront été de tous les combats. Que ce soit :

- pour briser l’isolement

- pour aider à sauver les entreprises locales

- pour faire respecter les mesures sanitaires

- pour préparer la relance

- pour aider le réseau de la santé. 

Nous à Gatineau nous avons prêté au réseau de la santé 66 employés à temps plein pour les deux prochains mois pour assurer le succès de l’opération vaccination parce que notre réseau de la santé est plus fragile qu’ailleurs. Ça c’est l’action municipale à son meilleur.   

Cette année nous étions au front, mais nous y sommes, tout le temps.  

Les autres gouvernements ne peuvent pas améliorer l’environnement sans nous. 

Le transport en commun, c’est nous. 

Le recyclage, le compostage, la qualité de l’eau, le tout à l’auto ou non, c’est nous. 

Les parcs, les espaces verts, le vélo, c’est nous.   

Pour réussir le défi du mieux vivre-ensemble, les autres gouvernements ont besoin des villes. 

L’accueil des immigrants ne se fait pas au Québec ou au Canada, il se fait dans nos quartiers par le dialogue entre voisins par l’accès à la culture locale. L’accueil des immigrants, c’est nous aussi. 

Le développement social, le développement économique, la lutte aux inégalités, l’appui à la culture et aux loisirs, c’est nous aussi.

En 2017, alors que 60 soldats nous aidaient à affronter les inondations, les employés municipaux étaient 900 sur le terrain. La gestion de crise, c’est nous.  

La liste des dossiers où l’action des villes est déterminante est très longue et elle continue de s’allonger parce que les autres gouvernements ont besoin de nous et qu’ils le savent. 

Nous avons même un rôle à jouer dans de vaste chantiers comme celui de la réconciliation avec les Premières nations. 

D’ailleurs, je suis très fier du travail que Gatineau a accompli dans la dernière année avec l’Assemblée des Premières nations Québec-Labrador et la communauté anishinabe de Kitigan Zibi. Nous avons notamment adopté officiellement au conseil municipal le plan d’action contre le racisme et la discrimination de l’APNQL et nous travaillons actuellement à mettre en œuvre les actions proposées aux municipalités. Je vous propose à tous de nous imiter. Agir dans ce domaine est un devoir collectif.

Je salue d’ailleurs la présence du Chef Picard parmi nous aujourd’hui – il nous adressera quelques mots tout juste après moi.

Nous sommes donc actifs sur tous les fronts. 

Mais si nous voulons maximiser la capacité d’action des villes, maximiser l’efficacité de ces extraordinaires outils de développement humain, il faut que le gouvernement du Québec fasse une véritable réforme du monde municipal. 

Il y a eu des avancées importantes dans les dernières années, nous progressons, oui, mais la vraie réforme est encore à venir, une réforme en deux volets. 

D’abord une réforme du cadre légal municipal kafkaien dans lequel nous évoluons. Il faut donner aux villes des champs de compétences où elles pourraient agir dans l’autonomie, rapidement, efficacement… plutôt que de les maintenir dans le carcan lourd, rigide, inadapté qu’est le statut de créature provinciale. 

Les villes canadiennes restent, dans le monde, parmi celles qui ont le moins de pouvoirs. La planète sait, que c’est sur le terrain que se gagne les batailles. Nos gouvernements doivent le reconnaître eux aussi.   

Le deuxième volet de la réforme nécessaire, c’est évidemment celui de la fiscalité municipale. Notre fiscalité vieille de deux siècles nuit à l’environnement depuis longtemps et elle est maintenant complètement déconnectée de nos responsabilités envers nos communautés, nos citoyens, nos entreprises.

Il y a urgence d’agir. En potentiel perdu, l’inaction nous coûte collectivement très très cher. Nous sommes présents sur tous les fronts, mais nous pourrions faire beaucoup beaucoup plus pour améliorer la qualité de vie de tout le Québec. J’implore, encore une fois, tous les partis politiques à Québec d’agir.     

Bon congrès.

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